On avait l’impression que le criminel était mieux protégé que nous.»

Cinq ans pour mettre un pédophile en prison

Justice | Il aura fallu cinq ans pour que l’agresseur d’un enfant de 4 ans soit définitivement condamné

 

Pascale Burnier | 28.12.2011 | 16:26

Cinq ans. Cinq ans que leur fils, âgé alors de 4 ans, balbutiait avoir été touché au «cucul» par le compagnon de sa grand-mère. Cinq ans durant lesquels les parents ont protégé leur enfant d’un prédateur laissé en liberté. Cinq ans pour que la plus haute Cour de justice suisse balaie le dernier recours d’un criminel procédurier (lire ci-dessous). Condamné en 2010 à quatre ans de prison ferme et à une mesure de traitement institutionnel, le retraité a toujours nié les faits. Le Tribunal fédéral a confirmé à la mi-décembre que celui qui se faisait appeler «Le chat» pour appâter sa victime est bel et bien coupable.

La fin d’un long combat pour cette famille d’un petit village vaudois. Aujourd’hui, ils ont décidé de sortir de l’ombre. Pour briser le tabou de la pédophilie et dire haut et fort que cela n’arrive pas qu’aux autres. «Dans l’entourage, il peut y avoir des personnes qui ont des déviances sexuelles. C’est une réalité. Il ne faut pas se voiler la face, avertit Annie*, la mère de la jeune victime. Ce sont souvent des gens qui s’infiltrent dans des familles et qui s’en prennent à un enfant sociable. On dit parfois que des signes sont repérables sur les victimes, mais notre enfant, lui, n’avait pas changé.»

«Il faut se battre»

Annie et son mari, Steve*, n’ont pas glissé dans l’amertume, même s’ils connaissent désormais toute la complexité de la justice. «Il faut se battre et révéler les abus. C’est le seul moyen de stopper un pédophile», exhorte la maman. Elle suspend sa tirade, souffle profondément. «Notre fils a au moins la chance de pouvoir être reconnu comme victime. Mais combien d’autres ne le seront jamais?» Comme celles qui ont témoigné contre «Le chat» mais dont les faits étaient prescrits. Comme peut-être d’autres victimes, restées muettes, de cet ex-boulanger, ex-gardien de prison et ex-entraîneur de judo.

Le couple le sait. Il est difficile de croire à l’impensable. A 3 ans, leur fils souffre d’une infection à l’anus. Le pédiatre évoque un abus. «Notre enfant n’était placé que dans notre entourage proche. Et nous ne connaissions pas l’existence de l’agresseur de notre fils dans la famille. Alors on s’est senti suspecté et on a claqué la porte de ce médecin.» C’est seulement un an plus tard que la victime évoque des attouchements. Les parents en parlent immédiatement à la police. «Pour nous, l’essentiel était de protéger notre enfant.»

Il y a eu le cauchemar de savoir leur fils agressé sexuellement. Pour eux, il y a aussi eu le cauchemar d’une procédure exceptionnellement longue. «L’agresseur a usé de tout l’arsenal juridique possible, explique Annie. Dès le début de l’enquête, il a fait recours pour tout. Puis, il s’est mis à déposer plainte contre mon mari, mon autre enfant et moi. A chaque fois, il gagnait ainsi deux mois. Cet homme avait violé notre fils, mais c’était à nous de nous expliquer car il nous accusait à tort de diffamation. C’était dur à accepter.»

En septembre 2010, le procès a enfin lieu. Le condamné ne lâche pas prise et continue ses incessants recours. Pendant ce temps, il rôde. La famille obtient d’une Cour civile son interdiction provisoire dans les quatre villages aux alentours de leur domicile. «Ces quinze derniers mois ont été les plus durs. On était en alerte permanente. Au final, c’est mon fils qui s’est retrouvé en prison. Il ne pouvait plus vivre normalement. On avait l’impression que le criminel était mieux protégé que nous.»

Le couple a tenu le coup. «C’était très fatiguant. Heureusement, on était très bien soutenu par des amis», confesse Steve. Un membre de la famille paternelle leur a tout de même tourné le dos pour soutenir la belle-mère toujours en couple avec l’agresseur. Certains copains se sont faits aussi plus absents. «Cette histoire a duré si longtemps que des gens croyaient qu’on avait tout inventé. Ils ne savent pas comment fonctionne la justice.»

Aujourd’hui, outre la procédure civile, la famille ne demande plus qu’à vivre comme tout le monde.

* Prénoms fictifs

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