« Pourquoi cet homme et cette femme sont passés si souvent entre les mailles du filet ? »

Couverte de bleus, la fillette protégeait ses parents

 

 

La petite fille de 6 ans avait le corps couvert de bleus et de brûlures. Son père et sa jeune concubine avaient fait des punitions violentes son quotidien.
Cette petite fille de 6 ans arrivait souvent à l'école près de Saint-Brieuc avec une blessure sous l'oeil, un hématome à la mâchoire ou une trace rouge sur la main. Elle disait qu'elle s'était battue avec sa soeur ou que le chat l'avait griffée. Jusqu'à ce jour de septembre 2012 où, ayant fait pipi, elle a dû être changée par la maîtresse. « Elle avait des bleus partout sur les jambes, le ventre, le dos... a témoigné celle-ci. Je lui ai demandé qui avait fait ça. Personne, a-t-elle répondu. » Le médecin scolaire est appelé à la rescousse. « C'est un gentil qui t'a fait ça ? », interroge-t-il. « Oui, c'est mon papa, on joue », avoue la fillette.

Un signalement est fait aux services de la protection de l'enfance. A l'hôpital le médecin constate de multiples ecchymoses d'âges différents et quelques traces de brûlures de cigarettes. Les voisins font écho des querelles fréquentes et bruyantes entre le père de la fillette et sa concubine, qui n'est pas la mère de l'enfant. Le couple qui a eu ensemble une deuxième petite fille fait l'objet d'un suivi par le juge pour enfants et d'un suivi éducatif. Le père a par ailleurs un enfant de 12 ans qu'il n'a pas reconnu.

Sous la douche froide

La fillette déclare aux enquêteurs qu'elle fait des « conneries » et que celle qu'elle considère comme sa maman, pour la punir, la met sous la douche froide. Avec son père c'est plutôt les coups de pied ou de spatules quand elle n'a pas fait ses leçons. La concubine explique qu'elle est terrorisée par son conjoint violent. Le conjoint, lui, ne se souvient pas ou minimise et accuse sa compagne. Les deux fillettes sont aujourd'hui placées en famille d'accueil.

Le couple vit désormais séparé. L'expertise psychiatrique parle d'une mère de 22 ans immature, qui a reporté sur la fillette sa déception à l'égard de la dégradation de sa relation de couple. Tandis que le père, 32 ans, qui fut un enfant maltraité, présente ses violences comme justifiées. « Sa fausse assurance est une attitude de défense face à la remise en cause de ses capacités intellectuelles, estime son avocat. Ce sont deux enfants qui ont voulu élever des enfants. »

L'avocate de la fillette regrette que les nombreux signalements effectués par l'école, les voisins mais aussi la grand-mère de la fillette, n'aient pas été plus rapidement pris en compte. « Pourquoi cet homme et cette femme sont passés si souvent entre les mailles du filet ? » « Le lendemain du signalement, les gendarmes sont venus en nombre chercher la fillette », rappelle la procureure. « Mais je ne comprends pas non plus pourquoi les signalements ne sont pas remontés plus tôt. »

Le tribunal a condamné le père à 30 mois de prison dont 18 avec sursis et mise à l'épreuve pendant 2 ans et interdiction de voir son ex-compagne et sa fille, sauf décision du juge des enfants. Il a condamné la concubine à 20 mois de prison dont 16 mois avec sursis. Les deux parents devront verser 5 000 € de dommages et intérêts à la victime.

Fabienne RICHARD  Ouest-France

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