Pédophilie à Cognac: la lettre ouverte du père de la victime

Voici sa lettre ouverte:

"Monseigneur,

La Justice vient donc de condamner le frère Luigi de la communauté des frères de St Jean à dix huit mois de prison avec sursis, un suivi socio judiciaire de cinq ans.

Ce dernier s’il décide de faire appel du jugement, ce qui à mon sens ne fait qu’ajouter une honte supplémentaire au caractère abject de ses actes.

Je vous écrits cette «lettre ouverte» car j’estime que vous portez une part de responsabilité dans ce qui est arrivé à mon fils en ayant décidé de confier l’aumônerie de l’ensemble scolaire St Joseph de Cognac à la communauté St Jean.

Cette communauté n’est pas une communauté religieuse à qui l’on peut confier des jeunes en toute confiance et ce qui est arrivé à mon fils devait fatalement se produire un jour ou l’autre.

J’en veux pour preuve l’attitude de cette communauté à l’égard de mon fils depuis 2009. Quand le frère Luigi a été incarcéré en Juin 2011 après avoir été à nouveau soupçonné de viol sur mineur à Cluny, le frère Renaud-Marie, vicaire général et donc numéro 2 de cette communauté a cru bon de déclarer à l’AFP: «Il n’avait pas été condamné et, pour nous, la présomption d’innocence prévaut, d’autant qu’il se déclarait innocent des faits qui lui sont reprochés». Je trouve de tels propos ignobles à l’égard de mon fils car cela veut dire que, de 2009 à 2011, la communauté considérait mon fils de 12 ans au moment des faits comme un menteur. Comment accorder du crédit aux propos de ce même responsable quand il déclare, toujours en Juin 2011, «il (le frère Luigi) menait la même vie que les autres frères, on n’a jamais eu de problèmes avec lui» quand on sait que le frère Luigi était dans la communauté depuis une dizaine d’années, communauté qui compte de nombreux novices souvent très jeunes.

La communauté St Jean, créée en 1975, est une communauté de droit diocésain, c\'est-à-dire soumise à l’autorité de l’évêque du diocèse où se trouve sa maison-mère, en l’occurrence Autun en Saône et Loire. Depuis plus de dix ans, la communauté des frères de St Jean fait l’objet de lourdes accusations y compris même de la part de ceux qui dans l’Eglise sont chargés de sa tutelle. En 2001, Mgr Séguy, évêque d’Autun comptabilisait entre 30 et 35 «cas lourds, parfois très difficiles» dans un document écrit à caractère confidentiel. Ces cas lourds ne sont pas que des problèmes de mœurs, ils comptent aussi des problèmes d’emprise et de manipulation graves.

Comme il est malheureusement de tradition dans la hiérarchie de l’Eglise catholique, Mgr Séguy ne s’est jamais expliqué publiquement quand ce document a été porté à la connaissance d’un plus grand nombre de personnes. Il s’est contenté de déplorer auprès de ses confrères évêques que des documents officiels mais confidentiels aient pu être divulgués.

Depuis 2001, la liste des «cas lourds» s’est allongée mais la loi du silence est toujours en vigueur. Aucun frère n’a été réduit d’autorité à l’état laïc. Les autorités de la communauté, c\'est-à-dire le Prieur Général, son Vicaire Général et les frères membres du Conseil du Prieur Général décident de leur mutation en toute discrétion dans d’autres prieurés, à la manière de la communauté des Béatitudes qui a défrayé la chronique judiciaire en 2011 lors de la condamnation d’un de ses membres pédophile multirécidiviste.

Monseigneur, vous qui ne pouvez ignorer dans les grandes lignes les accusations contre cette communauté, vous renseigniez-vous au préalable auprès de l’évêché d’Autun ou des autorités de la communauté sur le passé des frères nouvellement nommés au prieuré de Cognac? Etiez-vous ou non au courant qu’un autre frère de St Jean qui a séjourné plusieurs années à Cognac avait été auparavant viré en 2000 pour une affaire de moeurs, d’un prieuré à l’étranger où il avait en tant que curé la charge d’une paroisse, à la demande de l’évêque du lieu, qui plus est un Cardinal Archevêque. Ce frère, qui n’est plus à Cognac est toujours en France dans un autre prieuré. La France est-elle le refuge des frères indésirables?

Un autre frère, condamné en justice pour pédophilie dans les années 90 est toujours en France dans un autre prieuré.

Un autre frère doit passer prochainement aux assises pour des affaires de viols sur mineurs.

Une affaire de pédophilie, à Rimont en Saône et Loire, remontant à une dizaine d’années a été révélée dans la presse locale en 2011 après avoir manifestement été étouffée.

En 2008, tous les frères du prieuré de Genève ont été mutés, dont celui qui était «prieur» de longue date, accusé de viols par personne ayant autorité. Affaire non jugée parce que prescrite mais qui a donné lieu à une enquête interne de l’Eglise à la demande des évêques d’Autun et Genève. Les conclusions de cette enquête ont été là encore tenues secrètes et tous les frères sont encore dans la communauté.

Les frères les plus anciens et en particulier ceux qui ont, à un moment ou à un autre, exercé des responsabilités au sein de cette communauté savent parfaitement bien ce dont parlait Mgr Séguy en 2001. Ils se taisent pour entretenir l’illusion d’une communauté religieuse sans tache et ils se serrent les coudes sans voir à quel point ils offrent ainsi un contre témoignage des valeurs morales qu’ils prônent. Mgr Benoît Rivière, l’actuel évêque d’Autun lui aussi se tait et couvre par son silence ces agissements.

Je n’attends pas de vous des excuses ou des regrets pour ce qui est advenu à mon fils, il est trop tard pour cela. Mais le père et parent d’élèves que je suis vous pose clairement les données du problème:

- Soit Mgr Rivière fait preuve enfin d’honnêteté (ce qui est la moindre des qualités que l’on puisse attendre d’un évêque) et s’explique, sans langue de bois et en toute transparence sur les propos tenus par écrit par son prédécesseur en 2001 et les religieux fautifs sont exclus de la vie religieuse. Dans ces conditions, il sera à nouveau possible de confier des enfants à cette communauté en toute confiance.

- Soit, comme je le crains, la loi du silence reste de mise et je vous demande de retirer à cette communauté la charge de l’aumônerie de l’ensemble scolaire St Joseph de Cognac et de la confier comme auparavant à des laïcs sous la conduite de prêtres diocésains de Cognac. Faute de quoi, ce qui est arrivé à mon fils se reproduira immanquablement tôt ou tard.

J’adresse un exemplaire de cette lettre ouverte au responsable de l’association des parents d’élèves (A.P.E.L.) de l’ensemble scolaire St Joseph de Cognac ainsi qu’à Mme la Directrice de l’ensemble scolaire St Joseph.\"

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