livres Le viol. Aspects sociologiques d'un crime", Véronique Le Goaziou

Le telegramme.com
France
21 mai 2011

   
Procès pour viols. Les plus riches rarement au banc des accusés

Sociologue, Véronique Le Goaziou s'interroge dans son livre-enquête Le viol. Aspects sociologiques d'un crime sur la "sous représentation des classes aisées" parmi les accusés dans les dossiers de viol. L'ouvrage analyse 406 dossiers de viol jugés aux assises de Paris, Versailles et Nîme et met en évidence un chiffre : seulement 5 à 10% des viols sont dénoncés aux autorités et ouvrent la voie à une procédure judiciaire qui représente une épreuve pour le plaignant. Un regard pertinent sur un sujet au coeur de l'affaire Strauss-Kahn.

 

L'un des enseignements de votre enquête porte sur l'origine sociale des personnes jugées pour viol...
" Les enquêtes de victimation (recensement des personnes déclarant avoir subi des violences) indiquent que les auteurs comme les victimes de viol sont issus de tous les milieux sociaux, en proportion relativement égale. Or nous constatons dans l'enquête que les personnes jugées aux assises sont massivement issues des milieux populaires. Sur les 488 accusés, on trouve seulement 7% de cadres moyens ou supérieurs. Cette sous représentation des classes aisées aux assises interpelle".
 
Quelles sont les explications possibles?
"On peut supposer que les viols sont moins déclarés dans les milieux aisés, pour des questions de statut social, d'honneur, de rang à tenir et que les classes aisées se défendent mieux que les milieux populaires, grâce à la maîtrise de la langue, des rudiments de culture juridique, des revenus qui permettent de batailler dans la procédure. Autre explication: l'attention particulière qui est au contraire portée en permanence aux populations défavorisées qui sont "dans le collimateur" des services éducatifs, médico-sociaux, judiciaire, ce qui peut conduire à une plus forte détection d'infractions présumées".
 
Votre étude ébranle le mythe du violeur qui s'attaque à une victime inconnue...
"On voit clairement dans ces dossiers que le viol est un crime de proximité. Le nombre d'affaires dans lesquelles auteurs et victimes ne se connaissaient pas du tout est réduit. Dans la majorité des cas, auteur et victime entretiennent un lien relationnel, plus ou moins fort. Les viols les plus nombreux sont ceux qui interviennent à l'intérieur de la famille (47%, ndlr). Les viols par inconnu représentent dans ma recherche 17% des dossiers (29% à Paris, ndlr). C'est important à dire car on a encore dans nos imaginaires la vision du violeur qui fond sur sa proie inconnue dans une rue sombre, ce
n'est vraiment pas le plus courant".
 
Quand et comment interviennent les plaintes ?
"Plus le lien entre l'auteur et la victime est fort, plus la dénonciation des faits intervient tard. Moins il y a de lien, plus le viol est déclaré dans un délai rapide.  Certes, on constate depuis quarante ans une augmentation des faits révélés, mais les enquêtes de victimation montrent que seules 5 à 10% des personnes déclarant avoir subi un viol le dénoncent aux autorités. C'est dire si les viols sous main de justice ne représentent qu'une toute petite partie de la réalité quantitative des viols. On comprend, dans notre étude, l'épreuve que cette action judiciaire représente. Les victimes le disent aux psychologues au cours de l'instruction. Elles doivent raconter les faits un nombre incalculable de fois, voient leur version remise en cause par des témoins, éventuellement des experts. Certains psychologues disent au bout d'un moment ne plus savoir si le traumatisme relève des faits dénoncés ou de la procédure judiciaire qu'elles sont en train de traverser. D'où l'importance de l'accompagnement des victimes".
 
"Le viol. Aspects sociologiques d'un crime", Véronique Le Goaziou, 311 pages (La Documentation française

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