Victime d'attouchements, obligée de se taire...

Victime d'attouchements, obligée de se taire...

jeudi 17 novembre 2011

Des agressions sexuelles subies à 9 ans dans la communauté

 

charismatique où elle vivait avec ses parents, puis le rejet familial

pendant vingt ans : Solweig Ély raconte sa terrible histoire.

 

Au tribunal correctionnel de Rodez (Aveyron), le 30 novembre, la Bretonne Solweig Ély, 31 ans, ne baissera pas les yeux face à celui qui, pendant des mois, a souillé son enfance.

Pierre-Étienne Albert est apparu au journal télévisé de France 2, un soir de février 2008. Devant ce visage, Solweig Ély est saisie de nausée. Le religieux, membre estimé de la communauté des Béatitudes, mouvement charismatique catholique, y fait des aveux complets. Il vient de remettre aux gendarmes une liste de 57 noms d'enfants victimes de ses attouchements.

Solweig en fait partie. « Alors que bon nombre d'entre nous se battaient depuis si longtemps pour parvenir à l'oublier, il s'imposait une fois de plus, brutalement, dans notre intimité, témoigne-t-elle dans un livre qui paraît aujourd'hui. Cela me fit l'effet d'une nouvelle agression. »

Tout pour la communauté

Chaque soir, entre octobre 1989 et Pâques 1990, le religieux a rendu visite dans sa chambre à l'enfant terrorisée. Elle a 9 ans et vit avec ses parents et ses soeurs, à l'Abbaye blanche, à Mortain (Manche), une des maisons de la communauté des Béatitudes.

Des familles habitent là aux côtés des religieux. Le père de Solweig, percepteur dans les Côtes-d'Armor, et sa femme, ont vendu leurs biens au profit des Béatitudes et se consacrent à une vie de prière. « L'autorité du chef de famille était transférée au responsable de la communauté. Malgré mon amour pour eux, je n'admettais pas que mes parents l'acceptent. »

Dans le contexte strict et isolé de la vie communautaire, l'enfant ne peut se confier. Un soir, son père surprend Pierre-Étienne dans la chambre. Il referme la porte sans plus en parler. « Mes parents me demandèrent d'étouffer ma douleur. Plus encore que les traumatismes infligés par mon agresseur, leur rejet constitua la plus douloureuse épreuve par la suite. »

Pendant plus de vingt ans, la jeune fille est forcée à se taire. Traitée de menteuse, envoyée d'internat en familles d'accueil. « Tu es le fruit pourri, la porte par laquelle le diable menace d'entrer dans notre famille ! », lui assène un jour son père. Commence alors une longue errance, émaillée d'idées noires, pour la jeune femme.

Les aveux médiatisés de Pierre-Étienne Albert ne lui ont pas apporté la paix. Entre temps, elle a fondé une famille qui l'aide à se reconstruire. Du procès du 30 novembre, elle attend deux choses : « Entendre qu'on n'est pas coupables, mais victimes. Et que cet homme soit mis hors d'état de nuire. »

Marie-Claudine CHAUPITRE.
OK
 
16/11/11 - 17 H 49 mis à jour le 16/11/11 - 20 H 22

 

 
Les Béatitudes reconnaissent la gravité des délits de certains de leurs anciens membres

Le 30 novembre s’ouvre à Rodez le procès de l’ancien Frère Pierre-Étienne accusé de pédophilie.

Ce procès et deux enquêtes télévisées ont contraint la communauté à « un processus de clarification et d’assainissement ».

Avec cet article

 « La communauté entend assumer toutes ses responsabilités devant l’étalage public de ces délits. »  C’est par un long communiqué de presse, signé par le commissaire pontifical des Béatitudes, le dominicain Henry Donneaud, et son conseil général, que la communauté a réagi aux révélations de ces graves dérives. 

Un communiqué envoyé mardi soir, au lendemain de la diffusion sur Canal + d’une seconde enquête, après celle diffusée le 19 octobre sur France 3, qui revient sur les dérives de trois membres des Béatitudes, à des postes importants.

À commencer par Pierre-Étienne Albert. Cet ancien frère, proche du fondateur Ephraïm, fut longtemps le chantre dans la communauté. « Une première plainte pour pédophilie avait été déposée contre lui en 2003, devant le tribunal d’Avranches et fut classée sans suite »,  rappelle le communiqué. 

L’ancien frère, résidant à Bonnecombe (Aveyron), s’est ensuite accusé lui-même, en 2008, de nombreux actes pédophiles commis dans les années 1980-1990 : son procès s’ouvrira le 30 novembre devant le tribunal correctionnel de Rodez. Mais sans attendre le procès, « la communauté reconnaît que des actes très graves ont été commis, par lesquels des enfants et adolescents ont été irrémédiablement blessés ».  

« Douleur, regret, honte »

Cette reconnaissance s’accompagne de l’expression par la communauté, à l’égard des victimes et de leur famille, de « sa douleur, son regret et sa honte ».  Des délits également dénoncés dans un livre à paraître jeudi 17 novembre qui rapporte le douloureux témoignage de Solweig Ely. Avec ses parents, elle avait passé l’année 1989-1990 dans la communauté de Mortain où résidait cet ancien frère.

Le communiqué revient ensuite sur Ephraïm, Gérard Croissant dans le civil, qui, profitant de son « prestige de fondateur »  pour justifier de « graves entorses à la morale évangélique »,  a manqué « à son devoir d’état en matière sexuelle, en particulier avec des sœurs »  des Béatitudes, ce qui a entraîné plusieurs d’entre elles à en partir. Le communiqué précise qu’« un cas concerne même une jeune fille mineure »  et, plus grave, que « ces justifications erronées d’actes délictueux ont pu faire école dans le cercle de ses proches ».  

Certes, ces faits n’ont jamais fait l’objet de plainte mais ils ont « trop longtemps été gardés secrets dans un petit cercle ».  Certes, Ephraïm a renoncé depuis 1996 à toute participation au gouvernement de la communauté et, depuis 2008, il n’est plus membre de la communauté et a été relevé de son ministère diaconal. Mais dans les Landes, il continue de donner des sessions, à propos desquelles la communauté émet « les plus extrêmes réserves ».  

Pourquoi ces délits ont été tus ? 

Quant à Philippe Madre, beau-frère d’Ephraïm et modérateur général de 1985 à 1992, à la suite de plaintes déposées contre lui, il a été « déclaré coupable de faits moralement graves »  et relevé, lui aussi, de son ministère diaconal depuis mai 2010. 

  Une sentence confirmée en janvier dernier par le tribunal ecclésiastique d’appel de Rodez et qui amène la communauté à demander également « pardon aux personnes qui ont eu à subir de sa part des comportements abusifs dans l’exercice de l’autorité et de l’accompagnement spirituel ».  

Reste à savoir pourquoi ces graves délits ont été tus si longtemps. Pour Pierre-Étienne Albert, en 2008, les dirigeants des Béatitudes de l’époque furent placés « en garde à vue sans que cela débouche sur aucune mise en examen ».  Ces anciens responsables comparaîtront d’ailleurs comme témoins lors de l’audience du 30 novembre. 

« Manque d’information »

Si des défaillances s’avéraient établies dans la manière dont ils ont réagi, celles-ci devraient être replacées, prévient le communiqué, « dans le contexte général d’aveuglement de la société face au drame de la pédophilie ».  

 « Il n’y a pas eu de dysfonctionnements complices et voulus de la part des évêques accompagnateurs et, s’ils ont failli, c’est par manque d’information »,  insiste Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse et désormais responsable de la communauté depuis qu’elle a été érigée en association publique de fidèles de droit diocésain. 

Le communiqué souligne la volonté de la communauté de poursuivre « un processus, non seulement de clarification et d’assainissement, mais de restructuration en profondeur et de refondation » .

(1) « Le silence et la honte », Éd Michel-Laffon, 260 p., 17,95 €.

CLAIRE LESEGRETAIN
                                                                                                                      Consultez le communiqué de presse des Béatitudes

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