Quand les enfants trinquent

Littérature: Quand les enfants trinquent

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Créé le 06/01/2012 à 03h13 -- Mis à jour le 06/01/2012 à 07h51

ROMANS - Les livres forts de la rentrée d'hiver vont en faire

 

baver à nos chères têtes blondes...

 

 

Violés, suicidés, assassinés, enlevés, maltraités, ou encore victimes d'inceste: nos chers petits en voient de toutes les couleurs et des plus terribles dans les romans qui sortent en cette rentrée d'hiver. Mais quelles mouches funestes ont piqué les romanciers pour qu'ils s'en prennent de cette façon aux enfants?

Ainsi, Régis Jauffret, qui publie la semaine prochaine le très attendu Claustria (Seuil), ne raconte-t-il pas autre chose que les détails, certes fictionnels mais très enquêtés, de l'affaire Fritzl, cet Autrichien qui a séquestré sa fille pendant vingt-quatre ans et lui a fait sept enfants dont un mort-né, qui a fini directement dans la chaudière? L'ambiance est posée.

«L'enfance maltraitée a fait le miel de la littérature du XIXe siècle, et même des contes pour enfants, souligne le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur d'Eduquer son enfant pour les Nuls (avec Marie Bernard, Editions First). Ce qui est nouveau, c'est la sexualité, le viol, la pédophilie dont on commence à parler –après avoir subi la chape de silence pendant des siècles– depuis une dizaine d'années. Quelque chose s'est libéré, les romanciers en sont l'expression.»

Une manière de les protéger

Dans La Crime de la renarde (éd. Le Cherche-Midi), Michèle Lajoux brosse le portrait d'une jeune mère infanticide, quand Régine Deforges, elle, dépeint dans Toutes les femmes s'appellent Marie (Hugo & Cie) l'histoire d'une mère qui cède aux pulsions sexuelles de son fils handicapé pour éviter qu'il ne s'en prenne aux autres femmes.

Lourd d'impuissance, le roman de Philippe Besson, Une bonne raison de se tuer (Julliard), démarre par les funérailles d'un adolescent suicidaire. L'héroïne du somptueux roman de Jean-Yves Cendrey, Mélancolie vandale (Actes Sud), grandit tachée par l'image de son père lutinant sa tante sur les sièges arrière de la berline familiale.

«L'époque est ouvertement moins violente avec les enfants: on n'a plus le droit de les frapper, de les laisser mourir de faim. On idéalise leurs compétences, on les hyper-responsabilise. On leur parle comme à des adultes, mais on oublie que ce ne sont que des enfants: émerge alors une forme plus subtile de violence sociale, mais réelle et mal prise en compte», conclut le pédopsychiatre Stéphane Clerget. Et comme souvent, les romanciers disent mieux la société que les essais.

Karine Papillaud

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